Emmanuel Martin

Emmanuel MARTIN ne se souvient plus quand il est devenu photographe. D’ailleurs ce mot il ne l’aime pas vraiment. Il a du mal à l’apposer sur sa carte professionnelle, il fait des efforts, lorsqu’en tant que co-directeur d’agence de création basée dans la corne de l’Afrique, il doit annoncer son métier de photographe à ses clients. C’est pourtant ces instantanées de vie figée qui l’aident à canaliser la violence interne de son univers émotionnel intense. La photographie, c’est presque le seul langage avec lequel il peut communiquer sans qu’on le prenne pour un être marginal, un asocial, ou que l’on risque, comme dans son ancienne vie d’informaticien, de le surnommer "l’autiste". Ce n’est peut être pas par hasard qu’il s’est exilé depuis plusieurs années dans cette région hostile, désertique, où l’âme est mise à nue, se transmute, fusionne avec les éléments en surchauffe permanente pour y renaître sous une forme nouvelle souvent enrichie ou plus chaotique encore, quelque fois prête à sombrer au fond de l’abîme. Les sujets d’Emmanuel MARTIN sont invariablement les mêmes, en réalité il n’y en a qu’un seul : l’homme. Comme une thérapie, son unique façon de se confronter à l’autre. Sa gamme d’objectifs reflète la volonté d’un regard et d’une approche de l’autre, le 35mm, le 50mm et le 85mm. Il lui faut pénétrer la sphère d’intime de cet autre pour en espérer capturer l’indicible. Son dernier ouvrage sur la Légion étrangère, un sujet photographique sur les derniers instants de cette unité emblématique de l’Armée française à Djibouti, vont bien au-delà du simple poncif à la gloire de l’institution. C’est un témoignage vivant et profond, une série de portraits dans l’intimité quotidienne de ces rudes soldats venus des quatre coins du monde. Autant d’éclats du miroir brisé où se reflète l’image émotionnelle de ce photographe.

Portrait écrit par Frédéric DALLO, réalisateur.

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