Congo in conversation

, par Afrique in visu

L’année 2020 aura été singulière à travers le monde. Les contraintes de déplacement liées à l’épidémie du COVID-19, ont impacté de nombreux projets photographiques à l’instar de celui du photographe Finbarr O‘Reilly, lauréat du 11ème Prix Carmignac du Photojournalisme, consacré à la République Démocratique du Congo. Comment imaginer de nouvelles manières de produire des images avec la fermeture des frontières et une crise sanitaire sans précédent ?
C’est finalement le projet entier qui s’est adapté pour devenir, Congo in conversation, un reportage collaboratif, réalisé avec la contribution de journalistes et photographes locaux, qui documentent les défis humains, sociaux et écologiques que le Congo affronte en temps de COVID-19. Plusieurs mois de travail, pour aboutir à un site internet, congoinconversation.fondationcarmignac.com et un livre, qui relaient les reportages écrits, photos et vidéos inédits. Pour en savoir plus sur ce projet et sur la manière dont s’est déroulée cette collaboration, nous avons interviewé 5 photographes de l’équipe, Finbar O’Reilly, Pamela Tuzilo, Arlette Bashizi, Dieudonne Dirole (Dio) et Guerchom Ndebo.

Qui sont les photographes de Congo Conversation ?
Justin Makangara est un photojournaliste et blogueur indépendant basé à Kinshasa. A travers ses reportages, il se concentre sur des sujets peu médiatisés tels que la justice, la politique, la musique et la vie quotidienne. Il est membre de l’AJPD (Base de Données des Photojournalistes Africains) et boursier de l’académie VII.
Twitter : @JustinMakangara
Instagram : @makangarajustin
Facebook : @Jmakangara
https://www.behance.net/Justinmakangara

Baron Nkoy est un journaliste, réalisateur de documentaires, basé à Kinshasa. Son travail explore la pauvreté dans les communautés locales et les initiatives visant à apporter des changements positifs. Il est membre de la Fédération Internationale des Journalistes Agricoles et de l’Union nationale de la presse congolaise.
Twitter : @baronnkoy
Instagram : @baronnkoy
Website : www.baronnkoy.com

Steve Wembi est un journaliste d’investigation basé à Kinshasa qui a travaillé comme correspondant pour le New York Times, Aljazeera et Xinhua. Il est titulaire d’un diplôme en criminologie de l’Institut d’Etudes sur la Justice Pénale du Kenya.
Twitter : @wembi_steve
Instagram : @wembiockit

Ley Uwera est une photojournaliste indépendante basée à Goma et correspondante de la BBC en République Démocratique du Congo. Elle est titulaire d’un diplôme de journalisme de l’Université de Cepromad. Elle réalise des reportages sur les conflits et documente l’évolution sociale et culturelle de la partie orientale du continent Africain, avec un intérêt particulier pour le Congo. Ley est contributrice d’Everyday Africa et est membre de la Fondation Internationale des Femmes dans les Médias.
Twitter : @Ley_Uwera
Instagram : @leyuwera1
Webiste : www.leyuwera.com

Moses Sawasawa est un photographe indépendant basé à Goma, qui couvre les questions humanitaires, la culture, la santé et la vie quotidienne. Il est le cofondateur de @collectifgomaoeil, qui promeut une représentation positive du Congo.
Twitter : @MosesSawasawa
Instagram : @mosessawasawa @collectifgomaoeil

Arlette Bashizi est une photographe indépendante basée à Goma qui couvre la musique, la culture et la vie quotidienne. Elle est membre du @collectifgomaoeil et du Réseau des femmes photographes du Congo. Elle a suivi plusieurs formations, i Lens on life project en 2019 et un workshop virtuel organisé par Femlens, celui de Canon et Visa pour l’image, Woman photographer et le programme de the VII ACADEMY sur le photojournalisme.
Instagram : @arty_bashizi

Bernadette Vivuya est une journaliste-réalisatrice basée à Goma. Elle travaille sur les questions de droits humains, d’environnement, d’exploitation des matières premières, et porte un intérêt tout particulier pour les sujets qui témoignent de la résilience de la population de cette région touchée par de nombreux conflits.
Twitter : @betty_vivuya
Instagram : @bernadettevivuya

Pamela Tulizo est une photographe documentaire et artiste basée à Goma. Son travail se concentre sur l’image des femmes dans sa communauté. Elle est motivée et inspirée par son histoire personnelle, alors que sa famille et sa communauté ne pouvaient pas l’accepter comme photographe parce qu’ils considéraient que c’est un travail d’homme. Elle est contributrice pour l’Agence France-Presse.
Twitter : @PamelaTulizo
Instagram : @pamelatulizo

Guylain Balume Muhindo est né à Goma en 1990. CEO de Congo Reporters (www.congoreporters.com), il travaille actuellement en tant que pigiste, journaliste, producteur vidéo, photographe, fixeur et traducteur dans la région des Grands Lacs en République démocratique du Congo.
Twitter : @guylain90
Instagram : @guylainbalume

Guerchom Ndebo est artiste photographe et réalisateur basé à Goma, passionné par l’image, Guerchom Ndebo (21 ans) utilise la photographie pour communiquer ses préoccupations sur des sujets complexes et susciter la réflexion sur des enjeux contemporains. Au cœur de sa démarche artistique, s’entrechoquent les concepts d’égalité, des différences culturelles, de solidarité et de décadence. Après une série de formation en Yole ! Africa, il se lance dans la carrière professionnelle.
Twitter : @vizionag
Instagram : @vizionag

Charly Kasereka est un journaliste indépendant et producteur multimédia basé à Goma, en République démocratique du Congo. Il collabore régulièrement avec Voice of America ou Habarirdc. Il couvre l’actualité, mais réalise également des reportages d’enquête sur l’environnement, économie,la sécurité et la santé en RDC depuis 2010. Il s’est spécialisé dans le factcheking sur internet.
Twitter : @charlyxons

Al-Hadji Kudra Maliro est un journaliste et caméraman indépendant basé à Beni qui couvre le conflit, l’épidémie d’Ebola et l’actualité locale. Il est le correspondant pour l’Est du Congo de l’Associated Press.
Twitter : @kudramaliro2
Instagram : @kudramaliro2

Raissa Karama Rwizibuka est une photographe Congolaise évoluant à Bukavu dans la province du Sud-Kivu et contributrice pour le projet @kitokooyo de @focuscongo. Elle est âgée de 23 ans. La nature, l’art et la diversité culturelle sont ses passions. Elle voudrait montrer une autre image de la jeunesse africaine et congolaise grâce à la photographie.
Instagram : @raissa_rkar

Dieudonne DIROLE (Dio) est un photographe congolais de 34 ans, installé à Bunia. Il a commencé la photographie en 2015 alors que son pays connaissait de graves violations des droit de l’homme. Plusieurs fois arrêté et menacé par les autorités, il continue néanmoins de documenter les événements en RDC.
Instagram : diroledieudonne

Dans le livre, on voit apparaître plusieurs thématiques comme la santé, l’accès à l’eau, l’électricité, l’environnement, la politique, la décolonisation... comment ces thématiques ont elles été choisies ? Et comment ces sujets ont-ils été répartis entre les photographes ?
Les sujets thématiques ont été décidés par nous (Finbarr + équipe du Prix) et les journalistes, selon ce qui nous paraissait important. La santé par exemple, était essentielle car nous étions en plein milieu d’une pandémie et cela touchait tout le monde. Avec la santé se posait aussi le problème de l’accès à l’eau, c’est un problème majeur au Congo malgré la disponibilité de l’eau. L’accès à l’eau potable est vraiment un problème dans la majorité du pays et c’est la même chose pour l’électricité. Ce sont des sujets pertinents et proches de ceux que vit la population et donc les photographes au jour le jour. L’idée était vraiment de privilégier des sujets qui touchent au quotidien les journalistes et les congolais, comme l’environnement et la politique. On a aussi saisi l’occasion de parler de moment important, comme de la décolonisation en plein milieu des manifestations autour de Black Lives Matter et du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo.

Comment s’est passée la collaboration à distance avec Finbarr O’ Really ?
Pamela Tulizo : Ça s’est très bien passé, c’était très intéressant, en particulier vu le contexte du projet et la situation mondiale, qui nous a obligés à travailler en ligne. Les conseils et remarques de Finbarr étaient d’une importance capitale c’était comme apprendre et travailler en même temps.
Guerchom Ndebo : Comme l’indique le projet, la base est la conversation. Tout au long du projet, Finbarr est resté flexible, n’imposant pas son point de vue sur le travail effectué. Personnellement, lorsque j’avais l’impression que les choses ne marchaient pas sur le terrain, je lui demandais toujours de m’aider en me donnant des conseils, et ses conseils m’ont beaucoup aidé. Chaque fois que je me rends sur le terrain pour un reportage, je porte avec moi ses conseils.
Arlette Bashizi : Par rapport à la collaboration je dirais que ça s’est bien passé, car j’avais la possibilité de valider chaque texte avant la publication des sujets que j’envoyais, rien n’a été déformé en terme d’édition d’articles. Finbarr prenait le temps de garder les idées qu’on envoyait pour chaque article.
Dio : Nos travaux en collaboration à distance avec Finbarr O’reilly se sont très bien déroulés. Lui, étant qu’un homme plein d’expérience et de patience envers nous ; il nous a beaucoup orientés pour produire un travail effaçant, il respectait nos textes pour des éditions très fidèles.
Finbar O’Reilly : Je communiquais chaque jour avec chacun des journalistes par whatsapp et téléphone, pour discuter des sujets qu’ils étaient en train de couvrir, faire une sélection de photos et pour travailler la narration. S’ils avaient écrit un papier pour accompagner les images, on travaillait dessus ensemble puis cela était traduit en anglais et français pour le site. Il y a un peu moins de texte dans le livre parce qu’on voulait vraiment mettre le focus sur les images. Tout a été fait vraiment dans un esprit de collaboration entre moi et les photographes, et avec l’équipe du Prix Carmignac qui faisait le traitement du site et la traduction.

Pourriez-vous nous raconter comment s’est fait le livre ? Et Que raconte -t-il du Congo selon vous ?
Guerchom Ndebo : Le livre Congo in Conversation est un projet de collaboration, dans lequel des photographes et des journalistes congolais sont réunis pour raconter l’histoire du Congo, une représentation consciencieuse et objective de la vie des Congolais faite par les Congolais.
Arlette Bashizi : Le livre, selon moi, parle de la crise pandémique au Congo tout en touchant tous les points de la vie comme la politique, la santé, la culture, la vie quotidienne,... Et tout cela avec la perspective des congolais eux-mêmes. Je dirais que le livre et même le projet étaient une innovation car on a laissé aux congolais eux même la possibilité de raconter l’histoire de leur pays surtout pendant cette période de crise.
Dio : C’est un premier livre produit par des photographes congolais, assistés par Finbarr. Le Congo étant un grand pays avec ses propres réalités sur la planète, ce livre montre la situation dans laquelle le peuple congolais vit, sans oublier les problèmes d’insécurité, l’épidémie, ou encore les crises politiques…
Finbar O’Reilly : Pour faire le livre, nous avons sélectionné les images les plus fortes parmi les différents reportages, mais aussi les sujets les plus pertinents, ceux qui ont touchés le Congo et le reste du monde ces derniers mois. Nous avons été attentifs à avoir un bon équilibre de représentation entre les photographes sur la vie quotidienne, les côtés positifs, les côtés problématiques (les manifestations, les attaques, la sécurité, l’accès à l’eau et l’électricité) tous ces sujets dont j’ai parlé précédemment devaient être partagés dans le livre et dans l’exposition qui va suivre.

Des expositions sont -elles prévues ?
Les photos seront exposées sur les grilles de la Tour Saint Jacques à Paris du 6 au 27 janvier 2021.

Ce projet vous amène beaucoup de visibilité médiatique, avez vous déjà vu les retombées sur des commandes presses , institutionnelles ou collaboration avec des musées ?
Guerchom Ndebo : Oui, Personnellement le projet était une porte d’entrée, Durant le projet j’ai eu davantage confiance en moi, C’était la première fois que je travaillais sur un projet d’une telle ampleur et au niveau de visibilité, je suis fier de me présenter comme contributeur de Congo in Conversation.
Arlette Bashizi : En terme de visibilité je dirais que oui,le niveau professionnel de chaque photographe n’est pas resté le même après avoir travaillé. Progressivement on est en train d’être contacté par différentes organisations et magazines pour des reportages.
Dio : Oui ce projet amène beaucoup de visibilité médiatique et nous voyons déjà plusieurs réactions, de nombreuses personnes nous demandent comment ils peuvent acheter ce livre et de se le procurer.
Finbarr O’Reilly : Il y a eu plusieurs commandes ou retombées pour les collaborateurs, Justin Makangara a eu une commande du Catholic Relief Services (CRS), Arlette Bashizi et Raissa Karama Rwizibuka ont suivi le Canon educational program dans le cadre de Visa pour l’image, Raissa, Arlette, Moses Sawasawa et je crois Bernadette Vivuya font le VII Academy workshop de 12 semaines. Bernadette bénéficie également du Women Photograph one year mentorship. Et Dieudonne a travaillé avec une ONG norvégienne.

Quels sont vos projets à chacun dans le futur ?
Pamela Tuzilo : J’espère que le projet va continuer et atteindre un niveau encore plus élevé pour raconter l’histoire du Congo en générale car pour moi contribuer à ce projet me donne l’opportunité de pouvoir montrer les choses telles que je les vois et à mon avis il y a encore beaucoup à voir et à montrer.
Guerchom Ndebo : Je suis motivé et déterminé à travailler dur sur de nouvelles histoires et à apprendre. Je rêve en grand et je ne veux pas m’arrêter tant que mes rêves ne se réalisent pas, et si je le fais, je continuerai à travailler.
Arlette Bashizi : En terme de projets à venir, je pense que dans les trois prochaines années avec les différentes sessions de formation que je suis entrain de suivre je serais déjà à un niveau encore plus supérieur que celui que j’occupe actuellement, et espère pouvoir apprendre un peu plus du monde photojournalistique. En terme de travail je compte être parmi les meilleurs photojournalistes du pays et voir même de l’Afrique pourquoi pas du monde ☺️.
Dio : Nous aimerions que ce projet puisse continuer dans le futur car sûr et certainement nous n’avons pas touché certains points dans nos reportages déjà réalisés et aussi cela contribuera largement au photographes congolais d’émerger dans le domaine médiatique.

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© Dieudonne Dirole pour la Fondation Carmignac
Nord-est de l’Ituri, RDC, février 2020. Un mannequin de soldat congolais monte la garde dans un champ près du village de Tche. Du fait de la faible présence des forces gouvernementales dans la région, les villageois issus de la communauté Hema ont installé cet épouvantail dans l’espoir d’éloigner les miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco), une secte politico-religieuse armée issue du groupe ethnique Lendu, accusée d’une vague de tueries ces deux dernières années.
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North Kivu Province February 2020 © Finbarr O’Reilly pour la Fondation Carmignac
Rutshuru, province du Nord-Kivu, février 2020. Des voisins et des employés de la Croix-Rouge en tenue de protection se préparent à enterrer une enfant de 11 mois victime de l’épidémie d’Ebola.
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© Moses Sawasawa pour la Fondation Carmignac
Goma, République démocratique du Congo, 2 avril 2020. Marchands et clients au marché de Kituku, sur les rives du lac Kivu. Le Congo a l’un des taux de travail informel les plus élevés au monde, avec environ 80 % des travailleurs urbains engagés dans l’économie informelle, selon la Banque mondiale. La Confédération syndicale congolaise estime quant à elle que le secteur informel emploie 97,5 % des actifs du pays.
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Screen Shot video © Bernadette Vivuya for Fondation Carmignac
Image de la vidéo ‘Les danseurs clandestins de Goma, Goma, mai 2020
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Screen shot video © Guylain Balume pour la Fondation Carmignac
Image de la vidéo ‘Attaque meurtrière dans le parc des Virunga, 24 avril 2020. Il y a deux semaines, le vidéojournaliste Guylain Balume a assisté à l’assaut d’une milice armée qui a fait 17 morts, dont 13 gardes forestiers du parc des Virunga.
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© Raissa Karama Rwizibuka pour la Fondation Carmignac
Bukavu, RDC, mai 2020. Anglebert Maurice Kakuja, 29 ans, Sapeur, ou dandy congolais, montre son sens de la mode tout en portant un masque fait maison. Les sapeurs tirent leur nom de l’acronyme de leur groupe : SAPE, signifiant Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes, ou « personnes élégantes qui créent l’ambiance ».
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© Guerchom Ndebo pour la Fondation Carmignac
Goma, RDC, 20 mai 2020. Un policier installe un barrage afin de faire respecter le nouveau couvre-feu imposé pour endiguer la propagation du coronavirus dans la métropole de l’est du Congo.
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Goma DRC May 2020 © Ley Uwera pour la Fondation Carmignac
Goma, RDC, mai 2020. Des enfants en situation difficile partagent un repas de rupture de jeûne dans un centre communautaire musulman.
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Brussels Belgium June 6 7 2020 © Pamela Tulizo pour la Fondation Carmignac
Bruxelles, Belgique, 6-7 juin 2020. Lors d’un rassemblement Black Lives Matter, une pancarte dénonce l’exploitation impérialiste du Congo, aujourd’hui RDC, par la Belgique. Alors que partout dans le monde se multiplient les manifestations pour la justice raciale, beaucoup de militants en Belgique espèrent que ce mouvement planétaire changera les attitudes vis-à-vis de l’héritage colonial de Léopold II, dont le règne tyrannique sur « l’État indépendant du Congo » est jugé responsable de la mort de 10 à 15 millions de Congolais.
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© Arlette Bashizi pour la Fondation Carmignac
Goma, République démocratique du Congo, 27-28 avril 2020. Les écoles étant fermées pendant la période de confinement, et vu la régularité des coupures de courant dans la ville, ma petite sœur de 13 ans étudie à la maison en s’aidant de la torche d’un téléphone.

Voir en ligne : https://congoinconversation.fondationcarmignac.com/fr