Ouverture du MuPho à Saint Louis, premier musée dédié à la photographie au Sénégal Interview de Salimata Diop, directrice artistique

, par Jeanne Mercier

L’année 2017 s’est conclue par une très bonne nouvelle : Le premier musée dédié à la photographie à ouvert au Sénégal dans la célèbre ville de Saint-Louis. Sa directrice artistique, Salimata Diop, revient à travers une interview sur la genèse du projet.

Pouvez-vous nous parler de la création du Musée de la Photographie de Saint Louis ?
L’idée est celle du mécène de la culture au Sénégal, Amadou Diaw. Soucieux de voir le patrimoine architectural de sa ville d’origine se dégrader malgré la protection de l’UNESCO (l’île est classée patrimoine mondial), il a de lui-même acquis un patrimoine immobilier. Il décide de consacrer plusieurs de ces maisons à la vie culturelle de Saint-Louis.
Le Musée de la Photographie de Saint Louis est un bel exemple de l’architecture saint-louisienne du début du XXème siècle.
Je suis honorée qu’il ait fait appel à moi pour diriger le Musée. Nous avions déjà travaillé ensemble, sur divers projets, depuis 2012, et il connaissait mon amour pour Saint-Louis, (ville de mon enfance).

La présentation du Musée revient sur la tradition photographique sénégalaise. Mais pourquoi Saint-Louis et non la capitale, Dakar ?
A l’exception de l’Afrique du Nord, c’est au Sénégal qu’est née la photographie africaine. En raison de son rôle économique, politique, et de position militaire stratégique, nous avons toujours été un ‘portail’ sur l’Afrique.
Premier comptoir français sur la côte atlantique de l’Afrique en 1659, l’Île de Saint-Louis fut une plaque tournante pour les négociants européens remontant le fleuve à longueur d’année à la recherche d’esclaves, mais aussi de gomme arabique, d’or, de peaux et autres produits. La petite cité océane sera la capitale politique de la colonie et de l’Afrique occidentale française jusqu’en 1902, et capitale du Sénégal et de la Mauritanie jusqu’en 1957.
C’est précisément en 1863 que le premier appareil photographique est envoyé à Saint-Louis, par le Ministère de la Marine et des Colonies. Xavier Ricou, historien résidant à Gorée, spécialisée sur les archives photographiques, nous en dit plus long sur l’histoire de ce premier appareil dans son essai publié pour accompagner l’exposition inaugurale. Il est également membre du comité stratégique du musée.

L’échange semble être au cœur de votre propos, puisque le Musée est pensé autour de 3 points : Découverte, détente, développement. Pouvez- vous nous en dire plus sur son dynamisme et sa philosophie ?
La culture est la première richesse de Saint-Louis, ville de créativité et capitale du bon goût, de la gastronomie, et de l’élégance. C’est pourquoi Amadou Diaw et moi-même avons souhaité que le musée soit plus qu’un écrin pour une collection de photographes admirables.
Il s’agit d’en faire un lieu de vie et de rencontres, où les saint-louisiens et les nombreux voyageurs qui viennent visiter la région puissent venir partager un verre de bissap dans le patio.
Les visiteurs pourront également profiter de la bibliothèque et de la salle de lecture pour s’informer, et découvrir.
Pour résumer, la philosophie est de créer un lieu de vie et d’échange, qui soit en même temps un lieu de découverte et d’éducation, ainsi qu’un rouage de l’économie culturelle de la ville.

Le musée sera-t-il force de proposition auprès du grand public ? Par exemple via des médiations, ateliers, scolaires, conférences etc....
et pour les professionnels et chercheurs ?

En effet. Nous avons déjà reçu les étudiants du cursus Gestion du Patrimoine de l’université Gaston Berger lors du Forum de Saint-Louis.
La mission et la programmation du Musée n’est bien sûr pas encore déterminée, car nous rassemblons actuellement les divers membres de notre comité stratégique. Mais la vision inclue une médiation adaptée au public local et international, ainsi qu’une action sur le plan académique : appel à contribution, publications, résidence de recherche etc. Je ne peux en dire plus pour le moment.

La ligne directrice du Musée évoque des expositions d’artistes, d’hier et d’aujourd’hui, venant du Sénégal, d’Afrique, et d’ailleurs. Pouvez-vous nous en dire plus sur la ligne rouge du projet ?
Le MuPho a deux lignes rouge. L’une est de montrer la création contemporaine en Afrique sur le medium photographique. Nous jouerons le rôle de référence internationale, en construisant notre légitimité autour d’un comité stratégique fort qui sélectionnera les acquisitions, et autour d’un rayonnement académique et artistique (expositions, publications, recherche…).
L’autre fil rouge est celui de la photographie historique. Grâce à des experts comme Xavier Ricou, et par une action de recherche d’abord centrée sur l’île Saint-Louis, nous souhaitons révéler au public des images oubliées de collections privées, pour montrer Saint-Louis autrement.
Par le biais de ces images, il est possible de sensibiliser notre public et de faire connaître son histoire, son patrimoine extraordinaire à ses habitants actuels. Une histoire qui mérite d’être contée et mieux connue.

Cette fonction de direction artistique, est-elle prévue sur le long terme et quels sont vos prochains projets pour cette institution ?
Le rôle de directrice de cette nouvelle institution exige effectivement une grande implication. Mon premier travail est de rassembler un comité d’experts pour m’accompagner. Je l’annoncerai prochainement mais je peux déjà citer Azu Nwagbogu et Xavier Ricou. Avec leur expertise et leur expérience au service du musée, nous nous autorisons de grandes ambitions.
Ma priorité est également de créer une dynamique inclusive. Il existe des acteurs au Sénégal et en Afrique qui ont beaucoup fait pour la culture, pour la scène photographique. Il existe des institutions comme la Biennale de Dakar, celle de Bamako, ou encore le festival LagosPhoto dont les objectifs et les valeurs rejoignent ceux du MuPho. Je pense qu’en Afrique, nous devons travailler ensemble pour avancer.

Ce musée s’articule-t-il autour d’une collection ? Ou cela est- il envisagé dans le futur ?
D’autre part pensez- vous qu’il s’intéressera à collectionner les contemporains ?

L’exposition inaugurale se compose de 40 œuvres, dont plus de la moitié sont des œuvres contemporaines. Le tout représente la collection initiale du Musée : il s’agit uniquement d’acquisitions.
Il est envisagé dans le futur d’étendre cette collection.

De votre côté, quels sont vos projets en 2018 et 2019 ?
2018 sera sans aucun doute une année carrefour pour moi. Je me concentre avant tout sur cette immense responsabilité qu’est la direction du MuPho et ferai de mon mieux pour mettre à profit mon expérience variée et internationale ici, sur le continent.
A titre personnel, c’est une décision qui fait sens, tout simplement.
Je travaille également sur une publication avec le conservateur de l’aile africaine contemporaine du British Museum, ainsi que sur plusieurs essais et articles.
Nous arrivons à un stade de développement du marché de l’art contemporain d’Afrique où nous n’avancerons pas sans la recherche et une véritable critique.

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© Siaka S. Traoré
Façade du MuPho
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Section Rêveries d’hier
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Songes du présent avec les oeuvres de Leila Adjovi et Siaka Soppo Traoré
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Vue du premier étage avec l’hommage à Ousmane Sow
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Espace librairie du MuPho
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Publications du MuPho

Voir en ligne : http://muphostlouis.com/songes-du-present