YaPhoto festival 2019 : Focus Exposition Internationale Quinzaine de la Photographie de Yaoundé

, par Yves Chatap

Depuis sa création la photographie a prouvé qu’elle était régie par différents modes de visions qui interrogent sur ses aspirations dans la fabrication de notre regard et de notre rapport à l’autre. Qu’elles soient mentales, photographiques, cinématographiques ou de toute autre nature, pourquoi se souvient-on de certaines images plus que d’autres ? Comment ces images parviennent-elles à se fixer dans notre conscience de spectateur ? Bien au-delà des évolutions tant techniques que des genres, la persistance des images interroge la perception que l’on a de ce flux.

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© Lionel Richy Ebongue
Occupation, 2018
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© Chantal Edie et Zacharie Ngnogue
Unimaginable Eden, 2018
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© Nicolás Combarro
Desvelar desplazar
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© Pierre Ndjami Makanda
Empillement, 2016

EXTRAITS DE TRAVAUX D’ARTISTES

Sarah Dauphiné Tchouatcha (CAMEROUN /FRANCE)

Ce travail est une séquence de dix images qui proposent la relecture bi médium, entre répliques analogiques et numériques, d’une séance photographique réalisée au début des années 90, et dont voici le contexte :
Janvier 1992, je vis alors en France où je suis élève en troisième année de l’école des Beaux arts de St Étienne. À cette époque, je mène un travail d’exploration artistique entre moyens photographiques et picturaux…
Un jour, Ba to me propose de venir photographier son atelier. Gratifiée par la proposition, j’accepte spontanément, nous prenons rendez vous un matin de janvier. La séance s’écoule sur quelques heures au rythme des sons mécaniques du déclencheur sur une pellicule Tmax de 36 poses.

Ce corpus d’images a pour vocation de nous immerger progressivement dans les souvenirs matériels et immatériels d’un instant photographique important, celui du déclic qui révèle l’image de Bato et qui fut publiée dans la Revue Noire en 1994. Le portrait a pour vocation de donner un visage à son sujet et son auteur, pour moi il en est autrement puisque cette publication se présente sans son crédit photographique. L’élément de marquage pourtant naturel et indispensable, me plonge jusqu’à aujourd’hui dans l’anonymat du monde artistique présenté dans cet ouvrage. Je voudrais parler enfin de cette œuvre photographique silencieuse qui me refuse le droit d’exister comme auteure depuis 1994.

Aussi, afin d’exhumer et reconstruire la mémoire de cette image, je me réapproprie chaque cliché en les développant un à un et choisie de confondre les procédés dans de multiples couches. À l’image du petit trouble persistant de mon histoire d’artiste, Je construis des œuvres dans lesquelles s’entremêlent objets photographiques matériels et immatériels.
Le portrait initialement conservé sur un négatif, devient tour à tour cyanotype, pixels et estampes … Le fil conducteur de cette série se matérialise par les nuances de bleus qui expriment les exercices d’écriture du novice en construction. Dans ce travail, je tente de reconstituer un ensemble de pièces et de construire les traces de ce souvenir, des images artistiques réparatrices et témoignant de la rémanence de la petite histoire personnelle d’une inexactitude persistante.

Biographie :
Sarah Dauphiné Tchouatcha est née en 1969 à Besançon, en France. En 1989 elle entre à l’école des Beaux-Arts de Saint Étienne. Après deux années d’études artistiques générales elle hésite entre l’architecture et la photographie. Son choix se portera finalement sur une option art avec un intérêt persistant pour les sujets illustrant les jeux de lignes.
Installée depuis seize ans au Cameroun, elle enseigne les arts plastiques au lycée français de Yaoundé. Pendant son temps libre, elle observe les multiples mutations de la société camerounaise et en témoigne à travers un travail d’exploration artistique. Un regard discret mais sensible, qui s’exprime sous deux formes, la photographie et la vidéo.

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© Sarah Dauphiné Tchouatcha
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© Sarah Dauphiné Tchouatcha
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© Sarah Dauphiné Tchouatcha
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© Sarah Dauphiné Tchouatcha

David (Ditoma) Kadoule (TOGO)

Faire de la photographie pour moi est une façon comme tant d’autres de m’exprimer, d’attirer l’attention ou tout simplement de raconter ou partager les histoires quotidiennes qui m’intéressent et que j’ai eu l’occasion de découvrir.

J’ai pour principe de documenter tout en essayant de mettre l’accent sur les relations, les expressions et les comportements, toutes ces caractéristiques qui déterminent l’identité d’une personne, cela expliquerait en quelque sorte ma préférence pour le portraits.

La série de photos que je présente est issue de mon voyage à Medellin en Colombie. Dans cette série qui date de 2017, on peut clairement constater l’impact qu’ont eu les stupéfiants sur toute une culture depuis des générations et c’est là qu’on entre dans la thématique proposée.
Rémanence dans le sens où un pays comme la Colombie a passé une période de plus de quatre décennies à mener une lutte contre les violences occasionnées notamment par les trafics de drogues, et par ailleurs heureusement ce pays est passé aujourd’hui d’un des plus dangereux du monde à un des pays les plus agréable sans pour autant réussir à éradiquer ce qui était considéré comme l’ennemi numéro un.
Rémanence aussi dans le sens où aujourd’hui on peut remarquer la présence et je dirais même l’intégration dans la culture quotidienne des jeunes générations de ce passé qui joue un grand rôle par rapport à l’état actuel de cette communauté. Et tout cela se voit clairement dans la série ici proposée.

Biographie :
J’ai commencé la photographie en racontant ce qu’il se passait autour de moi à Lomé : cérémonies, portraits urbains, vie nocturne avec mes amis (série projetée dans le cadre de YaPhoto)... C’est dans une grande complicité et proximité avec les gens que je travaille le mieux. Le portrait m’intéresse tout particulièrement, ainsi que la mode. Après une première résidence à
Dakar (2016), j’ai participé aux Récréatrales (Ouagadougou) : une série de portraits d’artistes a été publiée dans le catalogue du festival. En avril 2017, à Medellin (Colombie) pour le projet Fictions Ordinaires (un spectacle dans l’espace urbain construit à partir de récits des habitants d’un quartier de déplacés de guerre), j’ai photographié la vie des enfants et des jeunes du quartier. En novembre 2017 j’ai été stagiaire à la Biennale photo de Bamako. Je m’intéresse aujourd’hui à des sujets plus profonds, notamment les questions de migration et les raisons, quelqu’elles soient, qui poussent les gens à partir (ou à rentrer). Pour ce projet intitulé Exils, j’ai mené des recherches en Gambie et en Casamance avant d’être en résidence à la Cité Internationale des Arts (Paris) au printemps 2018 et 2019. C’est un travail que je souhaite exposer dans l’espace urbain à destination des habitants à Dakar et ailleurs.

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© Ditoma Kadoule
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© Ditoma Kadoule
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© Ditoma Kadoule
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© Ditoma Kadoule
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Yvon Ngassam – CAMEROUN

Le Cameroun tout comme une grande partie des pays africains victimes de la colonisation a vu une partie de son histoire modifiée, voire falsifier par le colon. Cette histoire biaisée, rédigée par ceux qui avaient la technologie de l’archivage a pour objectif de nous soumettre à une forme plus pernicieuse de la colonisation celle dite culturelle.

Comment résister ? Comment cette génération, celle noyée dans la technologie, le capitalisme, les religions importées peut-elle résister, se définir, se reconstruire ? Comment cette Afrique peut-elle contribuer à l’avancée du monde si elle ignore la quintessence de ce qui la définie ?
L’installation multimédia « MÉTCHÉ : La voix de la résilience » propose nos pratiques religieuses et spirituelles ancestrales comme une source de résilience, de décolonisation par la spiritualité.
Une rémanence de ce lieu rempli d’histoire, les chutes de la MÉTCHÉ, où s’élève ces voix qui témoignent d’une histoire qui ne veut pas être noyée dans les méandres d’un passé manipulé et instrumentalisé par les puissances coloniales. L’histoire de nos résistants appelés maquisards.
La résilience que nous pouvons atteindre à travers nos pratiques spirituelles ancestrales.

Biographie :
Né en 1982 au Cameroun où il vit et travaille, le plasticien Yvon NGASSAM est timidement arrivé aux arts visuels en passant par la musique urbaine (producteur de beats avec son label FREEK’1 Entertainment). Sa curiosité et son appétence de connaissances dans le domaine de l’art vont progressivement le mener à des rencontres qui vont changer le cours de sa carrière. Originaire de la région de l’Ouest Cameroun, il s’inscrit à l’université de Ngaoundéré en faculté d’économie et de gestion (dans la partie septentrionale du pays) après l’obtention de son baccalauréat en mathématiques et physique. Mais quelques temps après, le désir d’étancher sa curiosité grandissante le fait partir de cette partie du pays et attire Yvon vers l’ailleurs. Toujours en quête de savoirs mais plus encore, de savoir-faire, Yvon s’inscrit à l’école de l’auto-apprentissage, notamment en cumulant les expériences de terrain, dans le domaine du cinéma où il se frotte grâce à des sollicitations extérieures, à la caméra, mais de manière beaucoup plus professionnelle. Il réalisera avec le photographe Hervé DANGLA de passage au Cameroun, peu avant et pendant la triennale SUD (Salon Urbain de Douala), dans le cadre du projet « Carnet de villes », des mini documentaires sur la cohabitation nature/bâti qui l’amèneront à s’intéresser davantage à l’importance de la photographie ou du documentaire comme trace du temps. L’artiste s’exprime à travers la photographie, la vidéo d’art, le son et la sculpture depuis peu. Yvon NGASSAM a fait partie de la sélection officielle du DAK’ART 2018, commissariée par Simon NJAMI. Son travail explore plusieurs champs thématiques, comme la mémoire (dans son versant historique et anthropologique), le corps, l’espace, le voyage.

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Yvon Ngassam Métché la voix de la résilience 3 33 2018
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Yvon Ngassam Métché la voix de la résilience 2018
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LOGOS PARTENAIRES YAPHOTO 2019 LD